AAC : Les mèmes : approches sémiolinguistiques et discursives

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Les mèmes : approches sémiolinguistiques et discursives

L’avènement du Web 2.0 et l’émergence des réseaux sociaux numériques (RSN), aux débuts des
années 2000, ont marqué un tournant radical dans la manière de concevoir la communication et les
pratiques sociodiscursives qui leur sont associées. La galaxie numérique est ainsi devenue un terrain
d’étude fertile pour les chercheurs et chercheuses dans de nombreux domaines des sciences
humaines et sociales, tels que la sociologie, les sciences de l’information et de la communication,
l’Histoire, l’anthropologie, les sciences de l’éducation, la littérature et, bien évidemment, les
disciplines linguistiques et discursives. L’analyse du discours en et hors France ne cesse depuis ces
dernières années d’enrichir le débat autour du numérique à travers de nombreuses analyses
sémiotiques, sémantiques et pragmatiques, portant aussi bien sur des études exploratoires que sur
le dépouillement de grands corpus (Longhi, 2017 ; Longhi et Vicari, 2020), souvent en lien avec des
notions clés de la rhétorique et de l’argumentation comme celle d’ « autorité » (Vicari, 2021), de
« polémique » (Mercier, 2015) ou de « violence verbale », voire de « haine », en ligne (Romain &
Fracchiolla, 2016 ; Doucet, 2020 ; Amadori, 2012). Alors que d’autres études insistent sur les routines
scripturales et énonciatives de l’écriture numérique (Marcoccia, 2016), ou bien sur la typologisation
de nouveaux technogenres (Longhi, 2013 ; Paveau, 2013 ; Halté 2019), Marie-Anne Paveau s’attache
dans son ouvrage heuristique à donner une assise épistémologique et théorique solide aux concepts
et aux notions opératoires en Analyse du discours numérique (ADN) et, corollairement, à cerner une
première caractérisation des nouvelles pratiques technodiscursives circulant sur le Web (Paveau,
2017).
Parmi les nombreuses productions discursives « natives » du Web, c’est-à-dire « l’ensemble des
productions verbales élaborées en ligne, quels que soient les appareils, les interfaces, les plateformes
ou les outils d’écriture » (Paveau 2017 : 8), Paveau consacre une place privilégiée à ces
« technographismes » (ibid.) que sont les mèmes. Les mèmes tiennent désormais une place
privilégiée dans les discours du Web 2.0, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou bien des plateformes
communautaires comme Reddit, Tumblr ou 4chan pour ne citer que quelques exemples parmi beaucoup d’autres. Depuis que le terme a fait son apparition, sous la plume du biologiste britannique R. Dawkins (1976) qui en a cerné les propriétés d’imitation et réplication, ces objets culturels – composé[s] la plupart du temps d'une unique photo, sur laquelle peut figurer un élément langagier
qui s'apparente à une légende ou à une citation » (Gautier et Siouffi 2016 : 7) – se caractérisent à la
fois par la plurisémioticité, associant le plus souvent image et texte, et par une viralité constitutive
qui, sans se confondre avec le simple buzz numérique, témoigne d’un pouvoir réplicatif où « le
contenu n’est pas simplement diffusé, il est utilisé comme matrice pour en générer de nouveaux »
(Kaplan et Nova, 2016 : 8). Principalement conçu dans une visée humoristique et/ou ironique, le
mème se fait en réalité porteur d’une dimension argumentative (Amossy, 2020) qui le charge d’une
force illocutoire aux multiples facettes. Comme le souligne Albin Wagener, « les mèmes ne sont pas
que de simples objets humoristiques à l’apparence inoffensive ; tout au contraire, ils fonctionnent
comme de redoutables objets politiques » (Wagener, 2021 : en ligne). Ainsi peuvent-ils prendre les
formes de l’engagement politique, mais aussi répondre à la rhétorique de la polarisation, aboutissant
souvent à la dérision, voire à la violence contre tout acteur potentiellement impliqué dans la vie
publique.
Son caractère figé, se prêtant à la déconstruction et, successivement, à des réélaborations a priori
infinies, permet à ce culturème de cristalliser un référent social en entraînant des propos polémiques,
ce qui l’apparente à une « formule » au sens de Krieg-Planque (Krieg-Planque, 2009). Ainsi, tandis
que la production du mème assume un rôle crucial dans la construction d’enjeux sociaux, sa réception
– voire consommation en ligne à travers le Web – se fait à travers l’appropriation, par les utilisateurs,
des pratiques socionumériques à travers lesquelles les mèmes sont relayés. En servant une vision
parodique ou subtilement ironique de la culture populaire (Jost, 2022), les mèmes agissent sur la
réalité, dans la mesure où ils font émerger et structurent les débats autour d’un évènement ou d’un
enjeu social, politique, économique ou culturel (Wagener, 2022). À l’instar des gifs, les mèmes ne
sont pas seulement symptomatiques d’une culture numérique contingente, mais constituent un
nouveau langage sémiotique et polysémique : « en assistant à la naissance des mèmes et des gifs
comme langage numérique multimodal et multi-usages, nous assistons tout simplement à la
naissance d’une nouvelle forme de langage » (Wagener, 2020).
Il ne fait aucun doute que, parmi ces domaines, le politique tient le plus de place dans le cadre d’une
vision participative de la gestion de la res publica ou bien lors des campagnes éléctorales (Mancera
Rueda, 2020). Comme le souligne L. Shifman : « Whereas traditional political-science accounts of
participation have focused on easily measurable practices, as voting or joining political organizations,
in recent years the perception of what include political participation has been broadened to include
mundane practices, such as commenting on political blogs and posting jokes about politicians »
(Shifman, 2014: 120). C’est aussi la thèse de G. Mazzoleni et R. Bracciale (2019) qui mesurent l’impact, de nos jours, du tournant pop de la communication politique, où les mèmes font leur entrée
spectaculaire dans l’agora numérique et se présentent à l’interprétation des normies, à condition que ces derniers aient une connaissance préalable de l’univers narratif ainsi que des stéréotypes
interprétatifs sous-jacents, et partagent l’univers de croyance, au sens de Martin (2001 [1992]),
auquel ont accès les producteurs de mèmes.
Cette journée d’études ne prétend pas épuiser une problématique qui, malgré la qualité de la
littérature scientifique existante, n’a pas fait l’objet jusqu’à présent d’une appréhension
systématique dans les domaines linguistique et discursif. Les contributions pourront porter sur
différents niveaux d’analyse du fait mémétique, la liste suivante n’étant pas exhaustive :
• Une réflexion visant à mieux cerner le mème comme objet culturel qui non seulement décrit
et agit sur la réalité, mais s’observe de manière sui-référentielle (Berrendonner, 1982) comme
une production qui se prend elle-même pour objet de l’analyse. Il s’agira alors de réfléchir
non seulement sur le mème en tant que produit numérique, mais aussi à travers le discours
qu’il produit sur lui-même, ce qu’on appelle en d’autres termes un métamème. En même
temps, il s’agit d’apprécier, sur le plan morphologique, les dérivations liées au terme
« mème » (le verbe memare en italien, tout comme l’adjectif et substantif mémétique en
français) et quels sont les domaines dans lesquels ces dérivations sont en usage.
• Un regard plus vaste sur les différents procédés et degrés de « normification » (Mazzoleni &
Bracciale, 2019 : 65 et ssqq ; Lolli 2020 : 119) qui sont à l’œuvre dans l’élaboration et
circulation d’un mème (par ex. les moules syntaxiques ou phrasal templates, ainsi que les
stéréotypes interprétatifs que le signifiant et le signifié suggèrent).
• Le mème comme nouvelle substance sémiotique qui, d’après Lolli (2020), s’inscrit dans un
paradigme figuratif longtemps rejeté par une certaine forme d’intellectualisme tournée vers
une conception « tyrannique » de l’image5
, s’opposant et dépassant l’authenticité dialogique
de la parole (ibid : 165). Cet axe de recherche pourra être intégré par une réflexion portant
sur les formes de l’argumentation linguistique ou rhétorique des mèmes. Autrement dit,
comment les locuteurs argumentent-ils à travers les mèmes ? Un discours mémétique peutil donner lieu à un contrediscours mémétique ?
• Une vision plus ample sur les aspects de récursivité, intertextualité et multimodalité que les
mèmes sous-tendent (Zenner & Geeraerts, 2018) et qui les placent à l’intersection de
plusieurs formes sémiotiques telles que les images macros, rage comics, recut trailers, etc. au
point de pouvoir élargir le champ des genres mémétiques qui composerait ce que Lolli (2020)
appelle métaphoriquement « famiglia memetica ». Il s’agit de questionner, comme le
proposait Barthes (1964), comment le sens découle de l’image, mais aussi – sous l’angle envisagé plus récemment par R. Falcinelli, comment fonctionnent les images. Suivant cette
perspective, il faudra alors s’affranchir de l’idée que les images représentent tout simplement
quelque chose et dépasser leur fonction symbolique, afin d’observer plutôt les mécanismes
qui gouvernent l’articulation et le fonctionnement du rapport entre texte et image.
Les propositions de communication de 3000 signes, à l’exclusion de la bibliographie, sont attendues
à l’adresse suivante : colloquepise.meme@gmail.com au plus tard le 30 juillet 2022, avec le nom,
prénom et affiliation universitaire. La langue principale du colloque sera le français, mais des
communications en anglais, espagnol et italien seront aussi bienvenues. L’inscription est gratuite.
Conférencier.es invité.es :
Marie-Anne Paveau (Université Sorbonne Paris Nord)
Albin Wagener (Université de Rennes 2 / INALCO)
Comité scientifique
Francesco Attruia (Université de Pise)
Roberta Bracciale (Université de Pise)
Aurora Fragonara (Université de Poitiers)
Ilaria Frana (Université “Kore” – Enna)
Rosa Maria García Jimenez (Université de Pise)
Julien Longhi (CY Cergy Paris université)
Elisa Lupetti (Université de Pise)
Silvia Modena (Université de Modène et de Reggio d’Émilie)
Chiara Molinari (Université de Milan “Statale”)
Marie-Anne Paveau (Université Sorbonne Paris Nord)
Paola Paissa (Université de Turin)
Micaela Rossi (Université de Gênes)
Laura Santone (Université de Rome – “Roma Tre”)
Stefano Vicari (Université de Gênes)
Albin Wagener (Université de Rennes 2 / INALCO)
Comité d’organisation :
Francesco Attruia (Université de Pise)
Elisa Lupetti (Université de Pise)
Dario Nicolosi (Université de Pise),
Stefano Vicari (Université de Gênes)

Organizer
Francesco Attruia
Institution
Universitò di Pisa
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